Israël a échoué pendant des années à protéger les infrastructures critiques des menaces de missiles, révèle un audit

Le Contrôleur de l'État d'Israël révèle de graves défaillances dans la protection des infrastructures critiques contre les menaces de missiles, laissant le pays vulnérable lors de moments de.

Par Pesach Benson • 2 décembre 2025

Jérusalem, 2 décembre 2025 (TPS-IL) — Le Contrôleur d’État d’Israël a accusé mardi les organismes de défense et de sécurité nationale du pays de ne pas avoir protégé, pendant des années, certaines des installations civiles et stratégiques les plus sensibles de l’État contre les menaces de missiles, de roquettes et de drones, alors que les dangers ont considérablement augmenté au cours de deux années de guerre.

Le rapport, rédigé par le Contrôleur d’État Matanyahu Englman, a examiné les mesures prises depuis un audit de 2020 et a conclu que malgré des avertissements répétés, deux grandes guerres et des dizaines de milliers d’attaques aériennes, les lacunes fondamentales restent largement non résolues. Le Contrôleur examine régulièrement la préparation d’Israël et l’efficacité des politiques gouvernementales.

« Aucune des principales lacunes identifiées dans l’audit précédent n’a été corrigée », indique le rapport, mettant en garde contre la vulnérabilité des infrastructures critiques en des moments d’escalade sans précédent.

L’audit met en lumière l’ampleur de la menace à laquelle Israël est confronté depuis le 7 octobre 2023. Deux ans de guerre ont vu plus de 26 000 roquettes, missiles, drones d’attaque et UAV explosifs lancés vers Israël. Le danger s’est accru lors de l’opération d’Israël contre l’Iran en juin 2025, lorsque Téhéran a tiré plus de 500 missiles balistiques et près de 1 000 UAV.

Les défenses aériennes multicouches d’Israël ont intercepté la plupart des projectiles, mais certains ont touché des sites civils et militaires. Ces incidents, selon le rapport, « soulignent le besoin urgent d’une protection physique renforcée des installations essentielles », un besoin que le Contrôleur affirme n’avoir pas été satisfait. Les infrastructures critiques touchées lors des attaques comprenaient l’aéroport Ben Gourion, la raffinerie de pétrole Bazan au port de Haïfa, l’Institut Weizmann des sciences à Rehovot et l’hôpital Soroka de Beer-Sheva.

Englman a constaté que les autorités israéliennes n’ont pas mené à bien des tâches préparatoires de base telles que la cartographie des installations critiques nécessitant une protection renforcée, la détermination de la manière dont elles devraient être sécurisées ou l’élaboration d’un programme national pluriannuel budgétisé. Les ministères et les agences ont débattu des responsabilités, mais aucun organisme n’a assumé la propriété. Au sein de l’appareil de défense, le rapport indique que « aucune des entités concernées ne se considère comme responsable de la question, encore moins responsable de la coordination », entraînant des années d’inaction.

Les documents internes cités dans le rapport montrent que des hauts fonctionnaires d’au moins un organisme gouvernemental ont averti à plusieurs reprises le ministre de la Défense en 2019, 2021 et 2022 des menaces croissantes de missiles et de l’absence de planification nationale. Ces lettres, écrit le Contrôleur, sont restées sans réponse.

Même après le déclenchement de la guerre, le ministère de la Défense n’a pris que des mesures « isolées et limitées », ne lançant pas le processus de cartographie des installations ou ne présentant pas de plan de protection au gouvernement. Le directeur général du ministère de la Défense et plusieurs ministres de la Défense « n’ont pas promu le traitement de la question », indique l’audit.

Le Conseil de Sécurité Nationale (CSN) a également été critiqué pour ne pas avoir soulevé la question devant le Cabinet de Sécurité, malgré son mandat légal de le faire. Pendant des années, le CSN n’a pas proposé de discussion en cabinet sur le manque de protection, même après que l’audit de 2020 l’ait explicitement recommandé. Ce n’est qu’à la fin de 2023, après un appel d’un haut fonctionnaire d’un organisme sensible, que le CSN a commencé une activité limitée, selon Englman.

Un obstacle majeur reste l’absence d’un cadre légal ou réglementaire. Une « Loi sur le Front Intérieur » complète, destinée à clarifier les responsabilités en matière de préparation aux urgences et à permettre au gouvernement de prescrire des mesures de protection, est restée au stade de projet depuis quatorze ans. Une décision gouvernementale de 2011 visant à guider la protection des infrastructures nationales n’a jamais été étendue pour couvrir d’autres organismes sensibles, laissant un vide réglementaire.

Des désaccords budgétaires ont également freiné les progrès. Le ministère de la Défense a fait valoir que le renforcement de tous les sites concernés coûterait des dizaines de milliards de shekels, dépassant les ressources disponibles, tandis que le ministère des Finances a maintenu que l’appareil de défense pouvait absorber les dépenses. Sans accord sur le financement, aucun plan n’a été présenté au cabinet.

Englman a conclu que le manque prolongé d’action « représente un risque significatif pour les systèmes nationaux essentiels », d’autant plus que les acteurs hostiles utilisent de plus en plus des armes de précision à longue portée et des drones explosifs. Le Contrôleur a appelé le Premier ministre, le ministre de la Défense et le chef d’état-major de l’armée à cartographier immédiatement les installations critiques, à établir un programme national pluriannuel budgétisé, à définir les responsabilités interagences, à résoudre les mécanismes de financement et à faire avancer des solutions législatives et réglementaires intérimaires.

En réponse à l’audit, le ministère de la Défense a déclaré que la « survie des installations vitales et la préservation de la continuité fonctionnelle sont au cœur de la stratégie du ministère », et que des plans de travail détaillés ont été formulés. Il a indiqué qu’une équipe conjointe des départements ministériels, des Forces de Défense d’Israël (Tsahal) et d’autres agences a été mise en place pour cartographier, prioriser et définir les packages de protection nécessaires.

Les mesures supplémentaires, a ajouté le ministère, comprennent l’ajout d’éléments de protection aux installations clés, l’amélioration de la coordination avec Tsahal et le renforcement des défenses sur les sites prioritaires.